Impeachment de Donald Trump. Commentaires (*).

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« Enquête ukrainienne » et Impeachment de Donald Trump. Textes et documents (I).

1. Le 18 septembre 2019, le Washington Post publie un article qui a aussitôt fait le tour de Etats-Unis et de la planète. Le journal annonce qu’un « membre du renseignement » américain, agissant suivant les règles fédérales relatives au lancer d’alerte par les personnels de l’administration, a saisi au début du mois d’août l’inspecteur général du renseignement national, Michael Atkinson (nommé par Donald Trump), afin de lui faire part d’un acte qu’il estime illégal et contraire à la Constitution a été commis par le président des Etats-Unis Donald Trump. Et le Washington Post, puis le New York Times et le Wall Street Journal, de préciser ensuite qu’il s’agit d’une ou de plusieurs conversations entre le président et un dirigeant étranger, des conversations enregistrée(s) ou consignées en verbatim par une ou plusieurs personnes, une ou des conversation(s) au cours desquelles le président a encouragé ce dirigeant étranger à enquêter sur les activités dans son pays du fils d’un dirigeant américain. Le dirigeant étranger n’est autre que le président de l’Ukraine et le dirigeant américain est Joe Biden, candidat aux primaires démocrates dont le fils passe pour avoir fait des affaires en Ukraine, Volodymyr Zelensky. « A huit reprises », selon le lanceur d’alerte, le président Donald Trump aurait demandé au président de l’Ukraine de coopérer avec l’avocat personnel de M.Trump, Rudy Giuliani, sur les activités en Ukraine de Hunter Biden, le fils de Joe Biden.

Le Washington Post et le New York Times ne racontent pas moins que cette « alerte » a d’abord été l’objet d’une tension au sein de l’exécutif fédéral puisqu’alors que Michael Atkinson estimait devoir en faire part aux commissions du renseignement du Congrès, le directeur par intérim du renseignement national, Joseph Maguire, s’est prévalu d’un avis juridique du département de la justice pour s’y opposer, arguant notamment de ce que, d’une part cette « alerte » ne répondait pas aux « critères d’urgence » justificatifs d’une telle transmission, soit une question de financement, d’administration ou des opérations de l’un des services de renseignement relevant de la direction du renseignement national, d’autre part le fait que cette « alerte » visait le président des Etats-Unis, lequel n’est pas sous l’autorité de la direction du renseignement national.

Michael Atkinson a néanmoins outrepassé cette objection.

Le 9 septembre 2019, il saisit le président de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, Adam Schiff, pour lui faire part de ce que la plainte du lanceur d’alerte désignait un « problème grave ou flagrant, un abus ou une violation de la loi » qui impliquait des informations classifiées, mais « ne comportait pas de divergences d’opinion concernant des questions politiques ». Et dans une deuxième lettre datée du 17 septembre, Michael Atkinson fait valoir pourquoi, à ses yeux, le directeur du renseignement national par intérim et le Département de la Justice n’étaient pas fondés à empêcher le Congrès de prendre connaissance de la plainte du lanceur d’alerte.

Sept 9_Letter From Intel Inspector General to House Intelligence on Whistleblower Complaint by Pascal Mbongo on Scribd

Sept 17_Letter From Intel Inspector General to House Intelligence on Whistleblower Complaint by Pascal Mbongo on Scribd

2. Le président Trump a tweeté le mardi 24 septembre 2019 qu’il autoriserait la publication de la transcription de la conversation téléphonique qu’il avait eue avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky le 25 juillet 2019, une conversation dans laquelle il avait discuté de Joe Biden et de son fils.

« Je représente actuellement notre pays aux Nations unies, mais j’ai autorisé la publication demain de la transcription intégrale, entièrement déclassifiée et non traduite de ma conversation téléphonique avec le président ukrainien Zelensky. Vous constaterez qu’il s’agissait d’un appel très amical et tout à fait approprié. Aucune pression et, contrairement à Joe Biden et son fils, AUCUN avantage ! Ce n’est rien de plus qu’une continuation de la plus grande et de la plus destructrice chasse aux sorcières de tous les temps ! ».

3. Ouverture d’une enquête en destitution de Donald Trump par la Chambre des Représentants.

Le 24 septembre 2019, la présidente démocrate de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, a annoncé que la Chambre ouvrirait une enquête formelle de destitution (Impeachment) du président Trump : « Aujourd’hui, j’annonce que la Chambre des représentants a ouvert une enquête officielle sur la destitution. Je demande à nos six comités de mener leurs enquêtes sous ce parapluie ... Le président doit être tenu pour responsable ».

Cette annonce marque la levée par Nancy Pelosi, « patronne » de la majorité démocrate, de ses réticences depuis deux ans et demi à l’ouverture d’une procédure d’Impeachment dans le cadre de l’« enquête russe » et du rapport du procureur spécial Robert Mueller. En juin 2019 encore, la Speaker Pelosi freinait des quatre fers l’ouverture formelle d’une enquête en Impeachment, alors que les partisans d’une telle enquête au sein de la majorité démocrate à la Chambre étaient devenus majoritaires.

4. La Maison-Blanche publie le 25 septembre 2019 une transcription de l’appel téléphonique du 25 juillet 2019 dans lequel le président Trump est supposé avoir exhorté le président ukrainien Volodymyr Zelensky à enquêter sur Hunter Biden, le fils de l’ancien vice-président américain Joe Biden.

Trump_ Zelensky_Verbatim by Pascal Mbongo on Scribd

Le journal Le Monde a traduit ce document, qui n’est pas une reproduction sténotypique de la conversation mais son verbatim et dont il est communément admis qu’il édulcore profondément l’échange téléphonique en question.

L’arrière-plan des récriminations faites à Donald Trump concerne donc Hunter Biden, le fils de Joe Biden. « Avocat et investisseur, écrit France 24, (il) a siégé entre 2014 et 2019 au conseil de surveillance de Burisma Holdings, une compagnie d’exploration et de production de gaz ukrainienne basée en Crimée, alors que son père Joe Biden était encore vice-président de Barack Obama. Or l’ancien vice-président était à l’avant-garde des tractations diplomatiques américaines pour soutenir l’Ukraine contre l’agression russe. Selon le Washington Post, l’activisme de Joe Biden en Ukraine alors que son deuxième fils venait d’être embauché par la compagnie gazière et était payé 50.000 dollars par mois, avait éveillé les soupçons. Mais l’administration Obama avait blanchi Joe Biden et affirmé qu’il n’avait pas commis d’acte repréhensible. Un dossier que Donald Trump espérait peut-être déterrer dans l’optique de la campagne présidentielle de 2020 ».

Le 19 septembre, sur CNN, Rudy Giuliani, l’avocat personnel de Donald Trump, a soutenu que c’est lui-même qui a formé cette demande au nouveau président. Le président est dans l’exercice de sa mission, a-t-il encore soutenu en ligne, lorsqu’il encourage le président élu d’un pays où la corruption est notoire, à faire des enquêtes sur des activités qui, depuis ce pays, ont des conséquences aux Etats-Unis. Les accusations de « corruption » de Donald Trump à l’égard de Joe Biden sont aussi régulières qu’elles sont régulièrement contredites par des enquêtes de presse. C’est dans ce contexte que Rudy Giuliani, l’avocat personnel de Donald Trump, a pu affirmer qu’il était intéressé à savoir si le vice-président Joe Biden était intervenu auprès des autorités ukrainiennes en 2016 et obtenu d’elles qu’elles révoquent le procureur ukrainien réputé enquêter sur les activités de son fils Hunter Biden.

5. Le 25 septembre 2019, la New York Review of Books, sous la plume du journaliste Murray Waas, apporte un éclairage nouveau à travers cette précision selon laquelle « l’enquête d’impeachment examinera également si le président Trump a empêché la justice en tentant de restreindre les enquêtes du FBI et du conseil spécial sur l’ingérence secrète de la Russie dans l’élection présidentielle de 2016 en faveur de Trump ». Autrement dit, l’enquête d’impeachment concernera aussi bien « l’affaire ukrainienne » que « l’affaire russe » en raison de la liaison intime des deux affaires, la « stratégie ukrainienne » de Donald Trump paraissant avoir commencé à se former dans la perspective d’une grâce présidentielle de Paul Manafort, l’ancien directeur de campagne de Donald Trump condamné à plusieurs années de prison (voir à ce sujet ce site : « Enquête russe » et Impeachment de Donald Trump. Textes et documents (II). 20. Enquête Mueller. Bilan des poursuites et des condamnations), et d’une « démolition » de l’enquête du procureur spécial Mueller.

« Les efforts déployés par le président Trump pour faire pression sur le gouvernement ukrainien afin qu’il enquête sur l’ancien vice-président Joe Biden et son fils résultent d’une tentative antérieure d’obtenir des informations susceptibles de fournir un prétexte et une couverture politique au président pour pardonner à son ancien président de campagne, Paul Manafort, selon des documents inconnus à ce jour. Ecrit Murray Waas.
Ces documents indiquent que les avocats représentant respectivement Trump et Manafort ont eu au moins neuf conversations relatives à cet effort, qui ont débuté au tout début de l’administration de Trump et se sont poursuivies jusqu’en mai de cette année. A la faveur d’échanges avec ses avocats, Manafort a exhorté la Maison-Blanche à faire pression sur les autorités ukrainiennes pour qu’elles enquêtent et discréditent des personnes, aux États-Unis comme en Ukraine, qui, selon lui, avaient publié des informations accablantes sur ses activités de conseil politique en Ukraine. Une personne qui a participé à l’accord de défense commune entre le président Trump et d’autres personnes sous enquête de l’avocat spécial Robert Mueller, y compris Manafort.
(…)
De 2004 à 2014, Manafort avait conseillé le président Viktor Ianoukovitch, qui plaidait pour que son pays rompe ses liens avec les États-Unis et les autres pays occidentaux et se rapproche davantage de la Russie de Vladimir Poutine. Après que Ianoukovitch a fui le pays en 2014, un grand livre a été retrouvé dans les ruines incendiées de son Parti des régions. Ses archives montrent que Ianoukovitch et ses alliés politiques ont versé quelque 12,7 millions de dollars en espèces à Manafort. La révélation de ce versement a directement conduit à la démission de Manafort en août 2016 en tant que président de la campagne présidentielle Trump.
Les dossiers que j’ai examinés indiquent également qu’à trois occasions au moins, Rudy Giuliani était en communication avec l’équipe d’avocats de Manafort afin de discuter de la manière dont la Maison-Blanche pourrait promouvoir l’idée selon laquelle le Comité national démocrate, des donateurs démocrates et des responsables du gouvernement ukrainien avaient « comploté » pour faire échouer la candidature présidentielle de Donald Trump en 2016. (Cette histoire a depuis été jugée sans fondement, bien que cela n’ait pas empêché Trump, Giuliani et d’autres personnes affidées dans les médias conservateurs de continuer à faire la promotion de la fable.) »

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6. Le 26 septembre 2019, la Chambre des représentants du Congrès des Etats-Unis publie une version partiellement expurgée de la « plainte » du 12 août 2019 de l’agent anonyme du renseignement américain qui, au visa de la législation fédérale sur les lanceurs d’alerte au sein des administrations du renseignement (Section (K) (5) (C) de l’ Intelligence Community Whistleblower Protection Act ), avait cru devoir alerter les commissions du renseignement du Congrès via l’inspecteur général de la communauté de renseignement, Michael Atkinson. Ce dernier avait passé outre au refus de la Maison-Blanche de communiquer cette « plainte » au Congrès dans le délai légal de sept jours (voir infra, 1).

« La plainte allègue que lors d’un appel téléphonique passé le 25 juillet, Trump a fait pression sur le gouvernement ukrainien pour qu’il enquête sur des allégations non fondées selon lesquelles le fils du candidat démocrate à la présidence, Joe Biden, aurait eu des relations commerciales illégales dans le pays et fournirait ces informations à la Maison-Blanche. En outre, le président aurait demandé au gouvernement ukrainien d’obtenir et de livrer des serveurs utilisés par le Comité national démocrate lors de l’élection présidentielle de 2016 qu’il croyait être dans le pays, et de contacter l’US Attorney General Robert Barr et l’avocat personnel de Trump, Rudy Giuliani, pour qu’ils fassent le nécessaire. La plainte allègue notamment que les responsables de la Maison-Blanche ont cherché à dissimuler immédiatement les comptes rendus de la conversation, notamment en supprimant les enregistrements électroniques de l’appel téléphonique des systèmes d’enregistrement normaux de la Maison-Blanche et en refusant de distribuer les transcriptions brutes aux représentants du cabinet, comme il est d’usage. La plainte détaille en outre des mois d’interactions entre Giuliani, Barr et des responsables ukrainiens qui seraient liés au plan d’ingérence.
Enfin, une partie expurgée de la plainte concerne le refus de l’administration de divulguer l’aide étrangère approuvée à l’Ukraine au moment même où l’appel téléphonique a eu lieu ».

7. Le 27 septembre 2019, trois commissions de la Chambre des représentants adressent une réquisition au Secrétaire d’Etat Mike Pompeo des documents du Département d’Etat relatifs à l’affaire ukrainienne (premier document ci-après). Ces comités décident par ailleurs d’audiencer des dépositions de cinq « fonctionnaires clés » du département d’État (deuxième document ci-après).

Cette démarche a été rendu publique par ce communiqué du comité spécial du Renseignement de la Chambre :

Washington, DC (27 septembre 2019) - Le Représentant Eliot L. Engel, Président de la Commission des affaires étrangères, le Représentant Adam Schiff, Président du Comité restreint permanent du renseignement de la Chambre des représentants, et la Représentante Elijah E Cummings, président du Comité de surveillance et de réforme, a envoyé une lettre au secrétaire d’État, Michael Pompeo, demandant des documents, dont beaucoup qu’il a refusé de produire pendant des semaines.

Les comités étudient dans quelle mesure le président Trump a mis en péril la sécurité nationale en exhortant l’Ukraine à s’immiscer dans l’élection de 2020 et en suspendant l’assistance fournie par le Congrès pour assurer la sécurité afin d’aider l’Ukraine à lutter contre l’agression russe.

« Conformément à l’enquête d’impeachment de la Chambre des représentants, nous transmettons par la présente une réquisition qui vous oblige à produire les documents énoncés dans l’annexe ci-jointe d’ici le 4 octobre 2019 », ont écrit les présidents.

À ce jour, Pompeo a refusé de produire ces documents, qui avaient été demandés pour la première fois il y a plus de deux semaines. Les présidents ont envoyé une lettre de suivi avertissant Pompeo qu’ils envisageraient des mesures contraignantes s’il continuait à refuser de se conformer aux demandes de la Chambre.

« Cette réquisition est émise par la commission des affaires étrangères après consultation du comité spécial permanent du renseignement et du comité de surveillance et de la réforme. Les documents requis doivent faire partie de l’enquête d’impeachment et être partagés entre les comités. Votre omission ou votre refus de vous conformer à la citation à comparaître constituera une preuve de l’obstruction de l’enquête d’imputation de la Chambre », ont écrit les présidents.

Les présidents ont également envoyé aujourd’hui une lettre distincte à Pompeo indiquant que les comités avaient programmé les dépositions de cinq fonctionnaires du département d’État au cours des deux prochaines semaines :
• 2 octobre 2019 : Ambassadeur Marie « Masha » Yovanovitch
• 3 octobre 2019 : Ambassadeur Kurt Volker
• 7 octobre 2019 : George Kent, sous-secrétaire adjoint
• 8 octobre 2019 : Conseiller T. Ulrich Brechbuhl
• 10 octobre 2019 : Ambassadeur Gordon Sondland

« Les comités mènent cette enquête de manière rapide et coordonnée. L’inspecteur général de la communauté du renseignement a déterminé que la plainte de dénonciateur soulevait un problème de "préoccupation urgente", "crédible" et "se rapportant à l’une des responsabilités les plus importantes et les plus importantes de la DNI envers le peuple américain" : nos élections libres et sincères », ont écrit les présidents.

Réquisition du Congrès à Mike Pompeo_27 septembre 2019 by Pascal Mbongo on Scribd

Audiences hauts fonctionnaires Département d'Etat by Pascal Mbongo on Scribd

Le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo a répondu à cette réquisition par une lettre en date du 1er octobre 2019 à la commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants, une lettre dans laquelle il accuse les démocrates de manœuvres d’intimidation des hauts fonctionnaires du département d’Etat convoqués à des auditions au Congrès.

La Chambre des représentants lui a répondu le même jour par une lettre à John Sullivan, le Secrétaire d’Etat adjoint, dans laquelle il est dit et argumenté que, compte tenu notamment de ce que la presse le présente comme ayant été associé à l’échange téléphonique entre le président Trump et son homologue ukrainien, Mike Pompeo est dans une situation de conflit d’intérêt dans l’enquête sur l’impeachment de Donald Trump. La Chambre fait encore valoir que Mike Pompeo est susceptible de violer la loi s’il essayait d’empêcher les dépositions devant le Congrès de hauts fonctionnaires du Département d’Etat.

Letter_Pompeo Conflict of Interest by Pascal Mbongo on Scribd

Cet échange a été suivi de l’annonce par le Département d’Etat d’une [« réunion » à huis clos le 2 octobre 2019 entre l’Inspecteur Général du ministère, Steve Linick, et l’ensemble des membres de certaines commissions de la Chambre des Représentants et du Sénat->https://abcnews.go.com/Politics/sta...] (House Foreign Affairs, Senate Foreign Relations, House Appropriations, Senate Appropriations, House Oversight, Senate Homeland Security, House Intelligence, Senate Intelligence).

EDIT.Au cours d’une conférence de presse à Rome en compagnie du ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio, le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo a reconnu le 2 octobre 2019 avoir pris part à la conversation au cours de laquelle le président Trump passe pour avoir demandé au président ukrainien Volodymyr Zelensky de l’aider à enquêter sur Joe Biden et son fils (New York Times). « Il est courant, ajoute le Los Angeles Times sans plus de précisions, que les diplomates, les responsables des services de renseignement et d’autres personnes écoutent un appel entre chefs d’État ».

8. Le ministre fédéral de la justice, l’US Attorney General William Barr, est sur la sellette.

Le mémo de l’échange téléphonique entre Donald Trump et le président Volodymyr Zelenskiy lui fait dire :

« Je demanderai à M. Giuliani de vous appeler et le procureur général Barr sera appelé, nous irons au fond des choses ».

Cette phrase a été analysée par beaucoup comme une énième preuve de ce que le président des Etats-Unis considérait le ministre fédéral de la Justice comme son avocat personnel, et que, plus généralement, il ne distinguait pas sa personne de sa fonction.

Si William Barr ne s’est pas exprimé publiquement sur le sujet, et si la presse lui prête une « colère » à la découverte de son association par le président à ses plans avec Rudy Giuliani, le Département de la Justice (DOJ) seul a fait savoir que le ministre n’a pas été informé « avant la mi-août au moins » de la conversation téléphonique du président Trump avec son homologue Zelenskiy. Le DOJ a encore soutenu que William Barr n’a jamais eu d’échanges avec Donald Trump à propos des Biden père et fils, et que le président n’a pas demandé à l’US Attorney General de prendre attache avec les dirigeants ukrainiens pour des enquêtes sur les Biden.

« Parmi les nombreux dignitaires de l’administration Trump susceptibles de faire l’objet de l’enquête officielle de mise en accusation des démocrates, nuance David Rohde dans le New Yorker du 29 septembre 2019, l’un des plus importants est le procureur général, William Barr. Selon des responsables du ministère de la Justice et la plainte de dénonciation [du lanceur d’alerte] concernant l’appel téléphonique du président Trump avec le président ukrainien, William Barr était au courant des efforts de Donald Trump en vue d’amener l’Ukraine à s’immiscer dans les élections de 2020 en enquêtant sur un rival potentiel, l’ancien vice-président Joe Biden, ainsi que du passage à la trappe par le Ministère de la plainte de dénonciation.
Vendredi, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a accusé Barr de faire partie d’une « dissimulation de la dissimulation » et a indiqué que le procureur général serait au centre de l’enquête ».
(…)
Les archives du ministère de la Justice de Barr appuient l’évaluation de Pelosi. Lorsque la plainte est parvenue au Département de la Justice, la Direction juridique du Ministère (Office of Legal Counsel, OLC) a décidé qu’elle ne recelait pas une « préoccupation urgente » - une décision contestée par les démocrates - et qu’elle donc pas être remise au Congrès. Et puis, dans un geste plus surprenant, la direction des affaires pénales du ministère de la Justice a refusé d’enquêter sur l’allégation du lanceur d’alerte selon laquelle le président aurait commis une conduite infractionnelle. Les fonctionnaires du ministère ont minimisé le rôle de Barr, affirmant qu’il était « généralement informé » des discussions sur la décision du conseiller juridique du Ministère de juger la plainte « non urgente », mais n’était pas impliqué dans la décision de la direction des affaires pénales de refuser d’enquêter sur l’allégation. Ils soutiennent également que les décisions du ministère concernant la plainte étaient fondées sur des considérations juridiques et non politiques.
La distinction entre considérations juridiques et politiques dans ces affaires n’est toutefois pas si simple. La direction juridique et la direction des affaires pénales sont dirigés par des personnes nommées par Trump, qui, comme William Barr, défendent généralement le pouvoir des présidents d’agir unilatéralement et de limiter la participation du Congrès ».

9. La contre-attaque politique de Donald Trump

Le président Donald Trump fait feu de tout bois sur Twitter contre les démocrates en général et contre Adam Schiff, président de la Commission du Renseignement de la Chambre des Représentants désigné par Nancy Pelosi pour diriger l’enquête en Impeachment. Adam Schiff s’était laissé aller à parodier l’échange téléphonique entre Donald Trump et le président ukrainien afin de montrer que le verbatim qui en a été publié par la Maison-Blanche était une version édulcorée dudit échange. Concurremment à des républicains qui demandaient notamment la démission d’Adam Schiff, le président Trump suggéra dans plusieurs tweets qu’il devrait être arrêté pour « trahison ».

« Adam Schiff a fait, illégalement, une déclaration FAUSSE et terrible sur mon échange avec le président ukrainien (…). Cela n’a rien à voir avec ce que j’ai dit. Doit-il être arrêté pour trahison ? »

Cette accusation de « trahison » n’a pas moins été développée par le président Trump contre le lanceur d’alerte et ceux des personnels de la Maison-Blanche ayant nourri sa décision de saisir le directeur national du Renseignement par intérim, Joseph Maguire. Donald Trump sous-entend que les intéressés ont agi comme des « espions » du président des Etats-Unis. Il a défendu cette idée lors d’une cérémonie privée à New York le 26 septembre 2019, l’enregistrement de son propos étant publié par le Los Angeles Times :

Le président Trump a renouvelé ses allégations dans des tweets datés du 30 septembre 2019 dans lesquels il disait par ailleurs vouloir rencontrer le fameux lanceur d’alerte :

Like every American, I deserve to meet my accuser, especially when this accuser, the so-called "Whistleblower," represented a perfect conversation with a foreign leader in a totally inaccurate and fraudulent way. Then Schiff made up what I actually said by lying to Congress. His lies were made in perhaps the most blatant and sinister manner ever seen in the great Chamber. He wrote down and read terrible things, then said it was from the mouth of the President of the United States. I want Schiff questioned at the highest level for Fraud & Treason. In addition, I want to meet not only my accuser, who presented SECOND & THIRD HAND INFORMATION, but also the person who illegally gave this information, which was largely incorrect, to the "Whistleblower." Was this person SPYING on the U.S. President ? Big Consequences !

La stratégie apparente de Donald Trump et de ceux des républicains intervenus en sa faveur dans les émissions politiques à la télévision est de discréditer le lanceur d’alerte en faisant jouer contre lui son anonymat.

• En formant plainte via une méthode statutaire anonyme plutôt que par une fuite dans les médias, écrit cependant le 30 septembre 2019, le journaliste Zachary Basu, le lanceur d’alerte semble tenter d’éviter le contrecoup subi par certains anciens ennemis de Trump, comme l’ancien directeur du FBI, James Comey.
• L’anonymat des dénonciateurs reste centré sur leurs préoccupations - et non sur leurs antécédents ou leurs intentions.
• Ne pas connaître leur identité les protège de toute l’intensité des représailles de Trump et force les républicains et les démocrates à prendre la plainte au sérieux.
• Un certain nombre d’alliés et de défenseurs les plus fidèles de Trump ont pris part aux émissions télévisées dominicales pour attaquer la crédibilité du lanceur d’alerte et les accuser d’avoir utilisé des « ouï-dire », comme l’a dit le sénateur Lindsey Graham .
• Il est exact que le lanceur d’alerte n’était pas présent lors de l’appel téléphonique au cours duquel Trump a demandé au président de l’Ukraine d’enquêter sur Joe Biden, mais le résumé de l’appel publié par la Maison-Blanche corrobore en grande partie le récit détaillé dans la plainte.
• En outre, l’inspecteur général de la communauté du renseignement nommé par Trump et le directeur par intérim du renseignement ont estimé que la plainte était crédible. Le directeur national du Renseignement par intérim, Joseph Maguire, a déclaré lors d’une audience la semaine dernière que le lanceur d’alerte « a suivi la loi à chaque étape du processus » et « a pris les bonnes décisions ».

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